La fin du pétrole n'aura pas lieu : il est renouvelable

Publié le par _Ulysse_

Il y a quelques mois, le baril de brut culminait à 147$. L'heure était alors aux émois,  au fameux pic pétrolier. Beaucoup d'experts nous annonçaient déjà un baril à 200 voir 300 dollar et, des écologistes en tout genre se montraient assez confiants pour pouvoir nous annoncer non sans une certaine jouissance la fin inéluctable de toute civilisation (1). Oui, rien que ça. La suite on la connaît, le cours a subit une chute vertigineuse amorcée mi-juillet 2008 et la production pétrolière de 2008 fût en augmentation par rapport en 2007 repoussant encore la catastrophe tant attendue. Début septembre 2008, le baril plongeait sous les 100$ avant de poursuivre sa chute sous les 40$ appuyée par la crise financière et une demande qui commence alors à fléchir. Alors, pourquoi une telle instabilité des prix? Pourquoi es ce que tel un mirage, le pic pétrolier annoncé comme étant proche de nous s'éloigne toujours à mesure que l'on s'en approche?
Nous allons examiner quelques éléments de réponse à ces deux questions, commençons par l'instabilité des prix avant de voir pourquoi la fin du pétrole n'aura pas lieu.

La consommation mondiale de pétrole est gigantesque, plus de 80 Millions de Barils par jour (3) Soit 4,6 Km^3 par an (Voir annexe). Pour extraire de telles quantités, les moyens à mettre en oeuvre sont titanesques. L'industrie pétrolière est un véritable mastodonte qui ne peut réagir que lentement sur une échelle de temps de l'ordre de la décennie. Or, cette industrie doit faire suivre sa production selon une demande qui varie au grès des tribulations économiques qui jouent sur une échelle de temps beaucoup plus courte. La conséquence immédiate est donc que
la production peut facilement être en retard sur la consommation.

Si l'on reprend l'histoire récente, on voit  que les années 90 ont étés marquées par un prix bas du pétrole et une industrie qui avait mis en sommeil ses investissements (2). Puis, la bulle économique des années 2000 et la croissance économique chinoise et indienne ont fait monter la demande à une cadence que l'industrie a peinée à suivre car elle était pénalisée par des années de sous-investissement (2). Durant les années 2000, l'industrie pétrolière occidentale a relancé ses investissements mais pas suffisamment pour couvrir les estimations de la demande future (2). De plus, les investissements effectués alors commencent à peine à porter leur fruits aujourd'hui. Ce retard de la production sur la demande a donc produit une hausse continue des prix. Viens ensuite la fameuse crise des subprimes et l'éclatement de la bulle financière.

A cette tendance à la hausse s'est alors ajoutée à partir de septembre 2007 une arrivée massive des spéculateurs sur les marchés pétroliers, ce qui a provoqué une banale bulle spéculative. Et comme dans toute bulle spéculative, c'est quand on annonce que la hausse va se poursuivre de manière inéluctable que la bulle éclate. Cela s'est vérifié pour le pétrole, pour la bulle immobilière mais aussi pour la globalisation annoncée il y a encore peu comme inévitable tout comme la bulle financière qui l'accompagnait.


Il faut aussi compter avec la politique et les conflits armés ou non qui peuvent faire varier la production et la consommation. Ainsi, les interventions américaines en Irak (1991 et 2003) on fait chuter sensiblement la production irakienne de pétrole ce qui a eu pour effet de tendre les marchés (4).
Enfin, le dernier facteur est naturel ou climatique à l'image de l'ouragan Katrina qui ayant détruit de nombreuses installations de production et de raffinage a provoqué une hausse des prix du brut.

Nous venons de voir pourquoi les prix sont instables, cette instabilité incite les industriels à la prudence sur les investissements et les dissuade d'investir massivement dans les moyens de production, de prospection et de raffinage. De ces informations, le premier enseignement à tirer est qu'on ne peut pas lier de manière directe le prix du pétrole et son évolution aux ressources naturelles extractibles. Une tendance à la hausse, même sur plusieurs années n'est pas nécessairement le signe d'une pénurie géologique. Ces variations pouvant être dues uniquement aux facteurs précédemment évoqués.

La théorie du pic pétrolier fût initiée par Hubbert (5) dans les années 40 avant de se diffuser dans les années 50.
Il s'agit de considérer que la production d'un puit et donc par extrapolation de la production mondiale augmente jusqu'à atteindre un maximum pour lequel la moitié environ des réserves ont étés consommées avant de décroître progressivement jusqu'à épuisement.
Au cours des années 50 déjà on prévoyait la fin du pétrole, elle n'est pas venue. Le club de Rome a ensuite prévue celle-ci avant l'an 2000, elle n'est pas venue non plus. Suite aux chocs pétroliers des années 70, la fin du pétrole semblait certaine, inéluctable et elle n'est toujours pas là. Depuis les années 50, la production et les réserves prouvées ont étés multipliées par 10 environ. En effet, la marge a toujours été d'environ 30 ou 40 années de réserves à consommation égale or, la consommation a augmenté d'un facteur 10 environ (3) donc nécessairement les réserves ont fait de même.

Il existe une explication simple, celle de l'évolution des techniques de prospection et de production. Au début, seul le pétrole situé proche de la surface était exploité et seul la fraction jaillissant toute seul sous l'effet de la pression était récupérée. Puis, l'évolution des techniques a permis de forer plus profond, de prospecter plus profondément et mieux, ce qui a permis d'augmenter sensiblement les réserves et la production. On a aussi utilisé de nouvelles techniques d'extraction pour récupérer une fraction plus importante des gisements, celle-ci est passée d'environ 10% à 30% et à 50% avec les techniques modernes. Récemment, des progrès considérables ont étés réalisés tant pour la prospection que le forage (Analyse des signaux, informatique, foreuses robotisées ...) mais ceux-ci n'ont que peu été mis à profit encore, les compagnies se contentant de vivre sur leurs acquis et préférant ne pas investir dans un contexte d'instabilité des prix (2). Ces évolutions ne remettent pas en cause la finitude des réserves de pétrole.

Avant de parler de pic pétrolier, nous devrions nous pencher sur l'origine du pétrole. En effet, la théorie qui veut que le pétrole provienne de la transformation de la matière organique présente quelques défauts gênants.
Parmi les premiers problèmes viens celui du proto-pétrole, c'est à dire du pétrole en formation. Le soucis est qu'on n'en trouve pas. Pour expliquer cela, une hypothèse Had Hoc a été ajoutée comme quoi, la formation de pétrole s'est arrêtée il y a 65 millions d'années et ce pour une raison inconnue. Il s'agit là d'un problème énorme pour la cohérence de la théorie. Il semble par ailleurs que les quantités déjà extraite de pétrole dépassent ce qui aurait pu se former selon la théorie, c'est quand même assez peu logique. Un autre problème est qu'il semble impossible que des hydrocarbures se forment à basse pression (6).

Une autre théorie sur la formation du pétrole existe mais reste très méconnue. Il s'agit de la théorie dite abiotique par opposition à la théorie biotique d'une origine biologique. Selon celle-ci, le pétrole se formerait à grande profondeur dans le manteau terrestre (à partir de 100km de profondeur) puis, remonterais vers la surface au grès de la géologie à cause de sa faible densité. Cette théorie fût développée en URSS dans les années 50 par Nokolai A. Kudryavtsev . C'est elle qui permis à l'URSS alors pauvre en ressources pétrolières de devenir un des principaux producteur mondiaux grâce à des découvertes dans des terrains stériles selon la théorie biotique. En 2002, un article a été publié à l'académie des sciences des États-unis qui démontre que dans les conditions de pression et de température régnants dans le manteau terrestre et avec les composés constituants ce manteau, des hydrocarbures se forment (7). Cette théorie est séduisante sur le plan scientifique car elle ne souffre pas des nombreux défauts de la théorie biotique. Elle est cohérente de bout en bout et permet d'expliquer pourquoi on trouve du pétrole dans des zones théoriquement stériles mais aussi pourquoi on en trouve à grande profondeur et aussi pourquoi les quantités de pétrole dépassent les estimations selon la théorie biotique. Elle explique aussi pourquoi certains gisements se reconstituent avec du pétrole venant de plus profond. Elle explique enfin pourquoi toutes les prédictions concernant le pic pétrolier se sont avérées fausses.

Si cette théorie est confirmée, on devine facilement les conséquences. La première c'est que le pétrole serait une ressource renouvelable et non fossile. La seconde est que les quantités existantes seraient inépuisables. Pour finir, il suffirait de creuser aux bons endroits et assez profond pour assurer l'indépendance pétrolière à tous les pays du monde. Une telle "découverte" ne servirait pas les intérêts des compagnies qui verraient alors le cours du baril chuter irrémédiablement, le marché étant alors inondés par d'énormes quantités de pétrole.

Nous venons de voir un bref aperçu des raisons pour lesquelles, le pic n'est pas encore venu et pourquoi il ne viendras probablement jamais. Personnellement, j'eus ouïe dire il y a quelques années part un ingénieur ayant travaillée dans la prospection que "du pétrole, partout où on en cherche, on en trouve, les quantités sont inépuisables à l'échelle humaine". Ce point de vue semble confirmer l'origine abiotique.  Le système actuel est intenable sur le plan politique. Le pétrole est à l'origine de trop de conflits dans le monde. Les approvisionnements de l'Europe et de l'Amérique sont aujourd'hui menacés par l'Asie et en particulier par la chine. Pour éviter un conflit majeure, nous devrons donc ou apprendre à réduire notre dépendance au pétrole où à devenir indépendant. La seconde hypothèse suppose l'admission de la théorie abiotique.

Pour toute remarque, utilisez les commentaires.




Références :

(1) La théorie d'Olduvaï (Ducan)


(2) Rapport d'information de l'assemblée nationale

(3) Pétrole sur wikipédia

(4) Production Irakienne


(5) Pic de Hubbert

(6) The Constraints of the laws of Thermodynamics upon the Evolution of Hydrocarbons : The Prohibition of Hydrocarbon Genesis at Low Pressures. http://www.gasresources.net/

(7) The Evolution of Multicomponent Systems at High Pressures: VI. The Thermodynamic Stability of the  Hydrogen-Carbon System: The Genesis of Hydrocarbons and the Origin of Petroleum http://www.gasresources.net/


Annexes :

Volume de pétrole consommé chaque année

80Mb/Jour, un baril fait 158L (3), on a donc pour une année :

80*10^6 * 158 * 365 = 4,6 * 10^12 L Soit 4,6 * 10^9 m^3 Soit 4,6 Km^3



Publié dans Energie

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minguez 02/04/2010 15:40




« Depuis les années 50, la production et les réserves prouvées ont étés multipliées par 10 environ. »


Désolémais c'est faux. Depuis les années 50 la production a été multipliée par 10, mais les découverte ont été divisée par au moins 10. 25% des réserves prouvées dans le monde ont été découverte
entre les années 50 et aujourd'hui, et on a consommé a peu près la moitié des réserves prouvées.


 


La seule manière de le savoir c'est de voir si une croissance économique existera demain pour la Chine dans le modèle de l'Europe des années 70.


 


Les gisements atteignant un taux de récupération supérieur à 30% restent très marginales. De plus les nouvelles technologies d'extractions dans la plupart des cas permettent d'augmenter la
vistesse d'extraction mais pas les réserves du gisement.


 


Beaucoup de pétrole restent encore sous Terre, mais l'important c'est pas les réserves, l'important c'est le retour sur investissement en énergie des différents gisements. Les derniers gisements
découverts ont un rendement de 3 (3 calories produites pour 1 calorie utilisée). En 50 ans, le rendement moyens des gisements ont chuté de moitié au moins. A ce rythme, dans 10 ans plus aucuns
gisements ne dépassera un rendement de 7 et ce niveau représente un minimum pour maintenir un excédent énergétique suffisant pour maintenir le train de vie des pays riches.


 


La technologie n'y changera absolument rien, car malgré des investissements records depuis 2000, l'extension des réserves prouvées restent marginales par rapport aux réserves historiques. Pour
préparer l'après pétrole, nous avons besoin de 20 ans minimum, il nous reste à peine 10 ans pour effectuer cette transformation. Je vous laisse conclure.






minguez 02/04/2010 15:39



Depuis les années 50, la production et les réserves prouvées ont étés multipliées par 10 environ. En effet, la marge a toujours été d'environ 30 ou 40 années de réserves à consommation égale or,
la consommation a augmenté d'un facteur 10 environ (3) donc nécessairement les réserves ont fait de même.

Il existe une explication simple, celle de l'évolution des techniques de prospection et de production. Au début, seul le pétrole situé proche de la surface était exploité et seul la fraction
jaillissant toute seul sous l'effet de la pression était récupérée. Puis, l'évolution des techniques a permis de forer plus profond, de prospecter plus profondément et mieux, ce qui a permis
d'augmenter sensiblement les réserves et la production. On a aussi utilisé de nouvelles techniques d'extraction pour récupérer une fraction plus importante des gisements, celle-ci est passée
d'environ 10% à 30% et à 50% avec les techniques modernes. Récemment, des progrès considérables ont étés réalisés tant pour la prospection que le forage (Analyse des signaux, informatique,
foreuses robotisées ...) mais ceux-ci n'ont que peu été mis à profit encore, les compagnies se contentant de vivre sur leurs acquis et préférant ne pas investir dans un contexte d'instabilité des
prix (2). Ces évolutions ne remettent pas en cause la finitude des réserves de pétrole.